
Un disque sans erreur
Il y a des disques qui vous prennent d’emblée mais qu’on abandonne un matin, un peu lâchement, un peu honteux, en se disant que c’est quand même un peu notre faute, qu’on aurait aimé s’engager mais qu’on ne peut pas. Il y a des disques qu’on épuise vite : des disques dont le propos ne dure qu’un temps, qui ne nous accompagnent que le temps de remplir leur office. Il y a des disques qu’on trouve important, beaux mêmes, mais qui nous laisseront toujours un peu indifférent.
Il y a des disques qu’on redécouvre chaque jour, qui semblent inépuisables. On trouve un charme fou au moindre de leurs détails. On leur découvre de nouveaux attraits à chaque heure du jour et de la nuit. Ils s’accommodent de toutes les situations, de tous les aléas, de toutes les lumières, de toutes les humeurs. Mieux, ils sont là à chaque instant, comme de vieux camarades de combat. Fidèles, loyaux, indéfectibles. Ces disques sont rares et Clair, le dernier album de JP Nataf est de ceux là.
C’est peut-être parce qu’il a bien pris son temps avant de rechausser ses groles de chanteur. On entend bien des choses sur ce disque : des orgues discrets, des petits chœurs amis, des cris d’enfants aimés, des banjos enjôleurs, des doigts qui claquent comme pour rallumer des fanaux faiblissants. Mais on y entend surtout la vie qui s’égrène. Notre homme a mis 5 ans d’une vie bien remplie, pleine de musique, 5 années passées à jouer et rejouer encore pour au final nous sortir ce disque, repoussé à plusieurs reprises. Ça nous change des seconds albums écrits à toute vitesse pour surfer sur l’intérêt suscité en tournée par des groupes trop jeunes qui épuisent leurs idées parce qu’ils ne prennent pas le temps de vivre et d’accumuler de la substance.
Ça donne un disque touffu, profond et versatile : là où certains artistes sont désespérément univoques, ne creusant (parfois très joliment) le puits que d’un sentiment unique, JP Nataf nous parle de joie et de tristesse et de tous les petits sentiments intermédiaires qui viennent colorer ses textes. Cet entre deux on le trouvait déjà dans « Himalayas », la pépite de fin d’album du dernier disque des Innocents (peut-être le plus méconnu et le meilleur), une chanson qui dit l’ascension et la chute à la fois, l’espoir et le fatalisme dans le même élan. On le côtoyait aussi dans « Mon ami d’en haut », une chanson qui parle de mort sur Plus de Sucre et qui pourtant a quelque chose de si intime et de si chaleureux... Le revoilà, donc. Dans « Elle », chanson d’amour funéraire qui s’envole à partir d’un orgue d’église façon requiem. Dans « Les lacets », qui oscille incertaine entre tempête et embrassades. Dans le dernier sommet de cette promenade : le très beau « Un jour sans erreur » donne de l’élan, s’attarde sur les souvenirs que laissent des moments parfaits et s’achève en compagnie d’un fossoyeur. Et puis, surtout, dans « Seul Alone » qui n’a peut-être qu’un défaut : celui d’occulter un peu le reste du disque, au moins au début.
JP Nataf - Seul Alone (Spotify)
Ce « Seul Alone », c’est peut-être aussi à cause de ce mastodonte posé en plein milieu qu’on s’y attarde tellement, sur ce disque. C’est qu’il faut la digérer, cette belle bête : plus de 9 minutes au garrot et une équation pas facile à résoudre, avec un texte fleuve écrit en prose vs. une instrumentation cyclique qui varie à peine. Et pourtant, le résultat est là. Un moment de pure magie. Un peu comme si Mendelson, un autre orfèvre du texte, se permettait un peu plus de légèreté. « Seul Alone », ce n’est pas une belle chanson, c’est beaucoup plus que ça. C’est un hymne, une épopée, que dis-je c’est une chanson vaste comme une péninsule et haute comme une falaise.
Parce qu’elle ne fait aucun choix, prend toutes les routes qui s’offrent à elle et ne se refuse aucune échappée. Parce qu’elle joue avec les mots, un peu comme le fait un Mathieu Boogaerts mais en moins facétieux, avec une mélancolie plus évidente. Pour « l’absence de paratonnerre à la pointe du ras de mes nerfs ». Parce qu’elle conjure les peurs par la grâce d’un aveu désarmant. Parce qu’elle entretient sans déclarations tapageuses et effets de manche douteux la flamme des petites joies salvatrices, des amours qui nous prennent la main, des petits havres de paix et de chaleur, des instants précieux.
Parce qu’elle s’accroche, tout du long, à l’espoir d’une belle envolée.
Crédit photo Richard Dumas (bandeau) et Chrystèle Lacène (photo)
J’ai aussi commis une bafouille en audio sur le même sujet
Le clip de « Viens me le dire »






Un disque sans erreurs
Quelle joie de voir La Blogo s’intéresser à JP Nataf ! Son disque est juste magnifique, je ne m’en lasse pas !
Merci pour ce super article !
(Ah juste une petite remarque orthographique : si c’est un « disque sans erreur » il se pourrait bien que que le « s » soit de trop à erreur ;) )
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15 décembre 2009, par Jean
RE : Un disque sans erreurs
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15 décembre 2009, par Phil
RE : Un disque sans erreurs
Toutes mes excuses si c’est le cas ... On m’a pourtant rabâché cela toute mon enfance. On m’aurait menti ? (Cela dit la chanson de Nataf c’est bien « Une journée sans erreur », sans S... C’est donc sans doute plus logique que le titre de l’article reprenne la même orthographe ...)
Jean
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16 décembre 2009, par Jean
RE : Un disque sans erreurs
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16 décembre 2009, par Jean
RE : Un disque sans erreurs
Bhé ouais, ça fait partie des terribles déconvenues de l’âge adulte : quand, arrivé à maturité, on se rend compte que tous les trucs que l’instit affirmait avec assurance n’étaient pas forcément vrais... C’est une épreuve difficile à traverser, mais on en sort grandi, portant un regard neuf sur le monde, enfin en paix avec soi même. J’ai lu ça dans Psychologie magazine. Dans Challenge magazine, j’ai lu qu’il fallait toujours appuyer ses démonstrations par des exemples. En voilà donc un : Reporters sans frontières. Et puis aussi : « Mon petit Jean-Charles, vous me rendrez demain ce rapport sans fautes » (c’est à dire sans fautes d’orthographe), n’a pas le même sens que « Mon petit Jean-Charles, vous me rendrez sans faute ce rapport demain » (c’est à dire, à l’heure, et pas dans trois jours).
Maintenant, effectivement, le titre de la chanson étant « Un jour sans erreur », j’aurais mieux fait de me taire.
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16 décembre 2009, par Phil
Un disque sans erreur
un disque beau et riche, et des concerts qui le sont tout autant, il revient à la Boule noire en février :-)
merci garrincha
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15 décembre 2009, par arbobo
RE : Un disque sans erreur
>> Jean : pour paraphraser un de ses duos avec Mathieu Boogaerts, « demain, demain, toujours demain » ...
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16 décembre 2009, par Garrincha
RE : Un disque sans erreur
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16 décembre 2009, par Jean
Un disque sans erreur
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16 décembre 2009, par Nemo
Un disque sans erreur
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16 décembre 2009, par xojerr
Un disque sans erreur
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16 décembre 2009, par berbert-pk
Faites tourner que je tire une Nataf
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17 décembre 2009, par Vic