
Jason Molina, désinterprétations (3ème partie : Josephine)
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Trois années depuis le Fading Trails de Magnolia Electric Co., qui avait un peu réconcilié avec la musique de Jason Molina, une durée inhabituelle pour quelqu’un qui pouvait enregistrer une poignée d’albums par an. Des circonstances particulière : un déménagement à Londres et le décès accidentel d’un proche, Evan Farrell, bassiste de Rogue Wave et accompagnateur de Magnolia Electric Co. sur scène. Josephine, album complexe, un peu déroutant mais essentiel, était attendu avec un peu d’appréhension.

Josephine commence mal : une introduction variétoche au piano, un solo de saxophone quelconque et une accélération toute académique sur « O ! Grace », du gospel mou sur « The Rock Of Ages » et des visions peu reluisantes qui viennent à l’esprit aussitôt. On s’imagine Jason Molina en costume clinquant, chantant dans un show télé suranné ou devant un parterre de retraités friqués, comme Elvis Presley se produisant sans âme et inlassablement à Las Vegas à la fin de sa carrière. C’est élégant, distingué, classieux comme une attraction de luxe un peu kitch, mais surtout chiant à la première écoute. On craint fort un instant la nouvelle métamorphose malheureuse, mais la révélation est fulgurante et rassurante (et se confirmera au fur et à mesure que les titres défileront) : Jason Molina a laissé tomber les guitares rudes et le rock trop viril, a assoupli les rythmes et posé les effets. Il a sabordé les tentatives de solos et fait désormais dans le single court, de trois minutes environ. C’est inédit, mais familier, comme si les moyens techniques de Steve Albini (producteur ici encore) étaient désormais utilisés à meilleur escient : faire propre plutôt qu’artificiellement sali.

Sourire aux lèvres, on (re)découvre cet album sous une perspective différente, en retenue et en complexité. On croise Josephine dans un morceau éponyme et implorée plusieurs fois dans d’autres, les morceaux semblent être les pièces d’un puzzle, éparpillées et inversées, et qui ne prendraient leur signification qu’assemblées dans un ordre fuyant. Jason Molina propose des arrangements nouveaux (une soul un peu moderne) au milieu de recettes du passé (la nonchalance feinte, la lenteur…) et, comme il a été écrit ailleurs, suggère de nouvelles directions plutôt qu’il ne les emprunte. Ce sont les disques de Songs : Ohia mis sous une lumière forte (« Knoxville Girl » superbe) ou ceux de Magnolia Electric Co simplifiés (« Shiloh »), ce sont les échos anciens qui viennent se mêler aux idées d’un artiste qui a mûri. Et c’est aussi « Map Of The Falling Sky », une de ses plus belles chansons assurément, intense dans ses percussions martiales, fervent dans le chant tremblant et magnifique dans ses textes.
what the horizon only tells to us ghosts / is that when it’s quiet in our hearts / we become the diesel / we become the smoke / we become the prairie / we become the spark / and the only song coming in on the radio
Josephine ne satisfera personne d’emblée totalement, mais il contentera tout le monde immédiatement par séquences. Il paraitra désarticulé, surement incohérent, mais il se révèlera ultérieurement comme un album majeur, une description inconsciente américaine. Un roman à chapitres manquants de prime abord, une histoire qui prendra donc son sens avec le recul et d’autres apports.
J’ai écouté la musique de Jason Molina à doses indécentes, une quasi obsession à certaines époques. J’ai cru la connaître intimement, persuadé d’avoir la clé de l’œuvre. Je l’ai aussi totalement mésinterprétée quelquefois, voyant du laid là où il fallait peut-être encenser une forme de beauté particulière. L’inverse aussi... Je ne comprends toujours pas comment un type qui semble si ordinaire fait une musique si extra-ordinaire. Will Oldham, Bill Callahan ou d’autres, ont une aura, un charisme trouble ; Jason Molina n’a que sa banalité à offrir en armure. Il faut peut-être chercher les réponses dans ses ébauches et abandons, dans ces morceaux qui sont condamnés à se confondre, ses précieux « Untitled »... ou juste se satisfaire des questions.






Jason Molina, désinterprétations (3ème partie : Josephine)
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14 septembre 2009, par G.
Jason Molina, désinterprétations (3ème partie : Josephine)
Complètement d’accord. Le concert d’hier soir le confirme d’ailleurs, il tient tout par sa voix incroyablement posée, simple et pourtant bouleversante. Le groupe hier soir semblait comme un bloc entier, puissant, duquel elle émergeait, parfaitement en place.
En écoutant ses textes, en le voyant pour la première fois en chair et en os, si décontracté, j’étais traversé par des souvenirs de livres de Jim Harrison et de Richard Brautigan. J’avais l’impression de voir cette face-là des États-Unis directement devant moi, venue faire un petit passage à Paris, un peu miraculeusement. Au milieu d’une tournée que j’ai imaginé ininterrompue depuis des années. J’avais cessé d’écouter Magnolia Electric Co depuis très longtemps, mais j’ai tout de suite été heureux de la tournure de Joséphine. Même le saxo. Hier soir, il ne manquait qu’une reprise d’un classique pour parfaire la soirée. Une amie m’a glissé à l’oreille pendant le concert « t’imagines s’il reprenait Roy Orbison, là tout de suite ? ». Depuis, cette idée reste inscrite au fond de moi, comme un fantasme inavouable.
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15 septembre 2009, par Starsky