Dominique A, une affaire de listes

Lorsque Dominique A annonça la sortie de La Musique, suivie d’une édition limitée double CD, ce ne fut que réjouissances et cris de joie. Lorsque, l’objet entre les mains, nous comprîmes que cette édition faisait plus qu’offrir des bonus, mais constituait un véritable (?) double album, sorti en parallèle de l’album « simple », l’incompréhension nous gagna et le débat s’amorça : s’agissait-il d’un double album à part entière (ou d’une version rehaussée de bonus) ? L’album « officiel », à savoir La Musique, était-il le résultat d’un compromis que cette édition tentait d’équilibrer ? Comment comprendre que certains des plus beaux titres de Dominique A soient confinés à la version « pour les fans » ?

Comment interpréter le choix de certains titres figurant sur La Musique ? Dominique A se lasserait-il finalement de chercher à remuer ses auditeurs ? Serait-ce là le signe qu’il entend désormais croquer lui aussi une part du gâteau que se partage cette nouvelle génération française qui lui doit tant ? La raison l’emporterait-elle sur la passion ? Et nous, qui commentons un peu facilement, qu’aurions-nous fait à sa place ? Impossible à savoir, bien évidemment. Mais, imaginons un instant que nous ayons eu pour tâche de constituer le tracklisting de La Musique, quels titres aurions-nous retenus pour composer cet album (unique) qui ferait taire les critiques et mettrait enfin un terme à nos interminables questions.

Quatre d’entre-nous ont accepté de relever le défi et se sont donc prêtés au jeux, casse-gueule s’il en est : parmi les 24 titres de La Musique et La Matière lesquels retenir et comment les agencer pour composer ce qui aurait dû (?) être L’album de Dominique A. Exercice vain, inutile, maladroit, prétentieux, osé ? Qu’importe, l’essentiel est que ce double album nous ait tous fait réagir au point de nous lancer dans cet exercice-fiction.


AKA


Un tracksliting :

1 - Bel Animal

2 - J’aimerais voir le jour tomber

3 - Valparaiso

4 - Le Sens

5 - Immortels

6 - La Musique

7 - Des étendues

8 - Il ne dansera qu’avec elle

9 - La Fin d’un monde

10 - Barbara de Kalvalid

11 - Tant que j’ai encore une ombre

12 - Dans l’air

(Hidden track) Fatigué

Deux titres :

Bel animal :

Une chanson d’une froideur étourdissante, qui chante la sueur, l’alcool, la perdition de soi et les encouragement malsains. Un titre troublant qui surtout convoque le fantôme de « Remué » et semble hurler silencieusement : les années passent, les remous persistent !

Valparaiso :

À mon sens, le plus beau titre du double album et l’exemple même de ce que Dominique A fait de mieux. Une mélodie qui troue le cœur, une composition qui soulève les estomacs, des paroles qui enivrent l’imagination et un crescendo qui astique la pompe cardiaque avec férocité mais bienveillance.

Un sentiment/verdict : Pour moi, la plus belle réussite de Dominique A est d’être parvenu à marier avec autant de grâce le froid et le chaud. Des rythmes mécaniques, des accords qui tailladent le vent, des boucles qui hurlent au loup et une voix chaude qui chantent des mots tantôt durs et féroces, tantôt doux et mélancoliques. Mais aussi des mélodies délicates et des intonations réconfortantes qui donnent envie de se faire oublier du monde, de rester caché sous la couette, les matins pluvieux. Et finalement, le Dominique A qu’on aime a toujours a su composer ces albums d’un peu de tout ça. Certaines chanson en ont même fait la synthèse (Encore).

À l’écoute de La Matière, on se dit que cet album (La Musique) aurait donc pu allier le plus sombre (« Bel Animal ») comme le plus éthéré (« Dans l’air »), le plus enlevé (« Immortels ») comme le plus mécanique (« La Musique »). Un album qui commencerait par le plus abrupte (« Bel Animal »), une déclaration qui claque aux oreilles et excite l’imagination, et finirait par de délicats clins d’œil (à Jeff Buckley – « Dans l’Air » – et Bertrand Cantat - « Fatigué »). En faisant mille détours évocateurs, qui convieraient les fantômes de Remué comme ceux de La Mémoire neuve.

Un album que l’on aurait chéri, défendu bec et ongle ; un album qui trônerait sur 2009 comme un président sur le royaume de France. Un album quoi. Mais Dominique A a fait plus que ça. Il s’est livré, à nos doutes et nos interrogations. Il est encore une fois arrivé par la fenêtre quand on lui tenait la porte grande ouverte. Alors certes, La Musique est un album décevant, en deçà de ce qu’il aurait pu être (à en croire ce que nous livre La Matière). Mais si c’est le prix à payer pour que Dominique A continue de nous étonner, c’est un prix que l’on continuera de payer bien volontiers.

Un score : La Musique 5 - La Matière 7


DJ BARNEY


Un tracksliting :

1 - Le Sens

2 - Valparaiso

3 - Il ne dansera qu’avec elle

4 - Immortels

5 - J’aimerais voir le jour tomber

6 - La Vérité

7 - Dans l’air

8 - Tant que j’aurai une ombre

9 - Hasta que el cuerpo aguante

10 - Seul le chien

11 - Le Bruit blanc de l’été

12 - La Musique

Deux titres :

Le Sens :

Dominique A a toujours su ouvrir ses disques de façon indiscutable : « L’Horizon », « Antonia », « Comment certains vivent », « Vivement dimanche »…). Le Sens est de cette trempe : il impose un son faussement basique (écoutez les chœurs qui naissent peu à peu) et donne assez à lire pour quelques semaines avant de passer au titre suivant. Dominique, ton psy t’attend je te rappelle.

Le Bruit blanc de l’été :

Un de mes morceaux préférés sur La Musique/La Matière. Apaisé et concis, « Le Bruit blanc de l’été » nous replonge dans ces semaines estivales oublieuses, aussi cyniques que biologiquement nécessaires, quand les cerveaux déconnectent des immondices entendues chaque jour à la radio. C’est en général là que la Russie massacre la Géorgie, mais on ne s’en souciera qu’après le 15 août.

Un sentiment/verdict :

Le jeu futile auquel on s’amuse ici est fortement déconseillé, car il est sans fin. Je m’en sors avec des regrets (avoir mis de côté « Hôtel Congress », notamment) et des piliers solides : conserver « Le Sens » en tête de cortège ; garder l’enchaînement de « Valparaiso » et « Il ne dansera qu’avec elle » ; renvoyer « Hasta » et « Le Bruit blanc de l’été » en fin de disque. Le résultat donne un album plus hétérogène et cyclothymique, une tentative de compromis entre les mélodies enlevées de La Musique et les sentiments plus complexes diffusés par La Matière. J’aimerais bien savoir comment Dominique A a arrêté ses propres choix, et s’il osera publier un jour un véritable double album.

Un score : La Musique 5 - La matière 7


OSLAV BOUM


Un tracksliting :

1 - Le Sens

2 - La Vérité

3 - Immortels

4 - Valparaiso

5 - Hasta que el cuerpo aguante

6 - La Musique

7 - Il ne dansera qu’avec elle

8 - Bel animal

9 - Nanortalik

10 - Le Bruit blanc de l’été

11 - Hôtel Congress

12 - Fatigué

Deux titres :

Immortels :

Rien que le texte (« As-tu pensé parfois que rien ne finirait ? ») mériterait d’être appris par cœur et scandé jusqu’à la déraison, beau comme du Henri Calet revu vampire new wave. Mais c’est la mélodie et la conviction du chant qui servent de moteur et mettent les mots en bouche.

Fatigué :

La lassitude incarnée avec tant de réalisme que le morceau menace à tout moment de s’arrêter. Arrangements volontairement cheap et minimaux, voix consternée (« Hé non, je n’ai rien d’autre à raconter »), ritournelle qui s’autodétruit en guise de conclusion pince-sans-rire.

Un sentiment/verdict :

Pour son dernier album, Dominique avait trop de matière et dès « Le Sens » il avoue son impuissance à trouver la bonne orientation. D’où l’idée (adoptée) d’Aka de mettre à sac son agencement schizophrène (un Dominique censément plus light sur la face A et son autre, plus dark et viscéral sur la B). La boussole de ma mixtape : greffer aux routes limpides et claires de La Musique (plus mélodique) quelques chemins de travers (plus obscurs) de La Matière, histoire d’éviter la rectitude du premier disque tout en contournant les terrains vagues et abandonnés du second. Au final, la lumière l’emporte et tout ça n’a aucun sens…

Un score : La Musique 7 - La Matière 5


FANDOR


Un tracksliting :

1 - Le Sens

2 - Qui es-tu ?

3 - Le Bruit blanc de l’été

4 - La Fin d’un monde

5 - J’aimerais voir le jour tomber

6 - Dans l’air

7 - Hasta que el cuerpo Aguante

8 - Hotel Congress

9 - Valparaiso

10 - Barbara de Kalvalid

11 - Seul le chien

12 - La Vérité

Deux titres :

Qui es-tu ? :

Dans une des veines de D. A. que j’apprécie le plus : celle du « film d’horreur d’auteur », creusée au moins depuis « La Bête » sur Un disque sourd.

J’aimerais voir le jour tomber :

Le titre des deux disques qui me fascine le plus. D’abord parce que ça commence par un « Oh, comme j’aime l’oubli » anthologique et divinement chanté (comme toute la suite). Dès lors c’est gagné, quoi qu’il arrive. Ensuite parce que ça me fait penser à Remué, son disque « post-rock », selon moi une de ses réussites les plus marquantes. Sans doute est-ce à cause de la référence explicite à Nantes (comme dans « Je suis une ville »), sans doute aussi à cause de la musique assez poisseuse, alors même que la chanson parle d’un moment de sérénité. Quoi qu’il en soit, le fait même que les paroles oscillent, à mon sens, entre le sublime achevé (le premier couplet) et le gadin limite gênant (la deuxième partie des deux derniers couplets) fait gagner au morceau en intérêt ce qu’il lui fait perdre en perfection. En fait, ça me rappelle furieusement du Badalamenti. Twin Peaks à Orvault ? C’est peut-être quelque chose comme ça.

Un sentiment/verdict :

Un double album synthétique, dans tous les sens du terme. Sur l’ensemble des deux disques, La Musique rassemble à mon sens le meilleur (en tout cas le plus saillant) et le pire. La Matière est peut-être plus homogène, plus écoutable d’un bout à l’autre sans skipper.

Un score : La Musique 6 - La Matière 6

Photo article Oslav Boum : Py

le 30 octobre 2009 par Fandor aKa DJ Barney Oslav Boum

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commentaires •

Dominique A, une affaire de listes

Répondre à ce message

30 octobre 2009, par Odieu

RE : Dominique A, une affaire de listes

Ok mais pourquoi une photo de Michael Stipe pour illustrer cet article ? Bon, je sors ...

Répondre à ce message

30 octobre 2009, par un courageux anonyme

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