
Against the whims of the gods
Les fidèles sont acquis et il sera bien vain d’essayer de convaincre les indécis : Swell était le meilleur groupe du monde et Be My Weapon, sa nouvelle incarnation, est d’un acabit semblable. Ceci étant affirmé avec foi et manque total d’objectivité, il conviendra de ne pas insister dans la tentative d’évangélisation des masses hostiles (ou indifférentes) et de varier l’argumentaire pour dispenser d’un nouveau panégyrique. Ainsi, une interview, courte, un peu flemmarde et parfois déconcertante, de David Freel…
Tu avais, une fois, décrit ta musique comme de la ‘moody atmospheric music with underlying tension’, quelque chose comme de la ‘musique planante avec de la tension sous-jacente’. Cette définition est-elle toujours valable ou as-tu une autre définition à proposer ?
David Freel : Je dirais plutôt désormais ‘sombre et lunatique, avec quelques rayons de soleil’, mais ça fait très prévision météo…
Es-tu d’accord si je dis que les chansons de march/2009 sont peut-être les plus simples et évidentes de ton répertoire ?
Elles semblent peut-être les plus simples mais je ne suis pas sûr que ce soit vraiment le cas. Je n’aime pas trop la complexité dans l’art, lorsque c’est juste pour le plaisir de compliquer les choses ; en d’autres termes, je trouve lâche le fait de cacher un manque d’inspiration sous un excès de complexité. Je le sais, je l’ai fait précédemment. Je trouve que faire simple, c’est bien, mais j’aime aussi faire que la complexité sonne simplement. C’est un artifice et une faiblesse pour laquelle je dois maintenant me confesser…
Et si je dis que ces chansons sont peut-être aussi parmi tes plus « réfléchies » ?
Oh merde, j’essaie toujours d’être réfléchi. Ca voudrait dire que j’ai échoué avant cet album ?
Tu as été assez prolifique ces derniers temps (deux albums en un an après un vide de cinq années). Il y a-t-il une raison particulière pour expliquer ce changement de rythme ?
J’ai plusieurs explications, mais je n’en dirai aucune, ni à toi, ni à quelqu’un d’autre. Je suis assez superstitieux...
C’est plus facile pour toi d’écrire seul (ou presque seul), plutôt que dans un groupe ?
Dans un groupe ou avec un groupe ? Dans un groupe, c’est beaucoup plus difficile que seul. Avec un groupe, je ne sais pas, je n’ai pas beaucoup d’expérience…

Tu as sorti des disques sous plusieurs noms, Swell, (Swell) et maintenant Be My Weapon, quelle est la signification de ce dernier nom ?
’Be my (motherfucking) weapon (against the whims of the gods)’ est une version du nom complet, mais il y en a d’autres...
Cela n’aurait pas été plus simple d’utiliser ton propre nom ?
J’y ai pensé, mais cette idée ne me plaît pas en fait.
J’avais écrit précédemment que la relation à Swell est « généralement passionnée et faite d’élans et d’enthousiasmes souvent exagérés ». Qu’en penses-tu ?
Ca me semble exact. Je ne dis pas que je comprends ce phénomène ou que je sais pourquoi c’est comme cela, mais je suis heureux que ça existe.
Quand tu regardes en arrière, es-tu fier, heureux, indifférent ? Tu as des regrets ?
FUCK !... Je n’en sais rien...
Quelle la chanson préférée de ton répertoire ?
La chanson que je viens d’écrire. Parce qu’elle est toute neuve et vraiment elle-même…
Quelle chanson aurais-tu aimé écrire et pourquoi ?
DF : Il y en a tellement. « I’m just an old lump of coal » peut-être (NDLR : un classique de la country, composée par Billy Joe Shaver, reprise par Johnny Cash). Elle est si simple et si positive.
Quels sont tes projets, qu’est ce que tu souhaites ou espères pour ta musique pour les années à venir ?
Je sais que notre nouveau président est très porté sur la notion d’« espoir » mais pour moi, l’espoir et l’avidité peuvent être très proches (en particulier chez les musiciens)… Aussi, je laisse l’espoir à quelqu’un qui a plus d’espoir que moi…
Faux-espoirs ou fausse décontraction, indolence sans torpeur pesante, caresses sans airs mielleux, lancinance et sobriété, des collines enneigées de l’Oregon au soleil de la Californie du sud, toute une géographie plaisante : la variabilité lente des climats, quelques morceaux plus violents pour figurer les orages et les petites éclaircies salutaires et bienvenues : march/2009 est un grand album de David Freel, le meilleur depuis une dizaine d’années. Et l’adage suivant est confirmé : « (Swell)/Swell/Be My Weapon est définitivement le meilleur groupe au monde et tout éclaircissement supplémentaire serait inutile ». Et toute objectivité déplacée…
Un grand merci à Sean





